NELLY BONNAND

Une céramique de geste, pensée comme une peinture
Depuis soixante ans, Nelly Bonnand tourne, peint et sculpte la terre dans son atelier de la Drôme provençale. Formée à l'École nationale d'art décoratif de Nice puis à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, elle construit une œuvre qui traverse la fonction — vases, théières, plats — sans jamais s'y résumer.
Cet ensemble conceptuel en est un exemple : six vases-quilles aux silhouettes à étranglements, réunis autour d'un vase-boule, composent un jeu de bowling détourné en pièce de céramique — la fonction du vase mise au service d'une forme pensée avant tout comme un objet à regarder.
Voir l'œuvre →Biographie

Née à Paris en 1943, Nelly Bonnand se forme d'abord à l'École nationale d'art décoratif de Nice, qu'elle fréquente de 1960 à 1964, aux côtés de professeurs titulaires du prix de Rome — Jules Lengrand, Maurice Gambier, Pascal René et Claude Viallat. Elle poursuit son apprentissage de 1964 à 1968 à l'École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, dans l'atelier de peinture de Raymond Legueult.
Entre 1968 et 1971, la jeune artiste vit à Bastia, en Corse, avant de s'installer dans le sud de la Drôme, territoire auquel son travail reste durablement lié. Deux ans plus tard, elle délaisse progressivement la peinture pour se consacrer exclusivement à la céramique, en fondant en 1974 la poterie des Trois Tilleuls, à Bénivay‑Ollon, dans les Baronnies provençales.
Ce passage de la toile à la terre ne constitue pas une rupture, mais le prolongement d'une même recherche plastique, désormais appliquée à l'objet : la couleur, la composition et le rapport entre surface et volume restent au cœur de sa pratique, du bol à la théière.
Les techniques de l'atelier reposent sur la terre de Salernes, utilisée comme engobe, colorée à partir d'oxydes de fabrication propre — cobalt, cuivre et fer — puis reprise au sgraffito écrit à la pointe, sans peigne, sous une couverte transparente qui révèle la profondeur des teintes et souligne les variations de la matière. La terre de grès est cuite en mono‑cuisson à 1260°. La cuisson s'est faite au gaz pendant de très longues années, jusqu'en 2018, avant de passer à la cuisson électrique.
Les motifs, parfois géométriques, parfois plus spontanés, ne cherchent pas à masquer la matière : ils en accompagnent au contraire les irrégularités et affirment le caractère singulier de chaque pièce.
Cette démarche peut être rapprochée, dans son principe, de celle d'Enzo Mari : chez l'un comme chez l'autre, l'objet utilitaire — bol, théière, plat — ne se réduit pas à une production décorative, mais devient un terrain de recherche à part entière, soumis à une exigence de cohérence entre forme, fonction et matière.
Chaque pièce sortant de l'atelier porte, sous la pièce, une signature calligraphiée au pinceau représentant les trois tilleuls présents sur la propriété de Bénivay‑Ollon — un nom donné à l'atelier par son maître, en voyant ces trois tilleuls, lors de sa fondation en 1974 — à la fois marque d'origine et signature.
Deux registres, un même geste


Noir & crème, glaçure transparente
Fond noir ou bleu profond, glaçure transparente, réserves crème peintes au geste large — un jeu de négatif graphique et presque calligraphique, qui évoque l'abstraction de la peinture américaine, à la manière de Robert Motherwell, peintre américain. On le retrouve sur les vases sculpturaux à étranglements, certains plats, et sur la grande table en carreaux.


Cobalt & olive sur fond crème
Fond crème, peinture plus lâche en bleu de cobalt, vert olive et brun-ocre, parfois rehaussée d'un sgraffito peigné qui ajoute une texture dans la couleur. On le voit sur les assiettes, les théières et les grands vases à col évasé.
Grès brut, matière minérale
Boîtes couvertes et pièces à anse, en grès brut ou légèrement émaillé, aux surfaces très texturées — écorce, corail — sans décor peint. Le tournage reste assumé et visible, stries et légères asymétries incluses : une matière vivante, non industrielle.

Galerie




























Pièces signature

Une composition pensée à l'échelle d'une pièce
Neuf carreaux de céramique peinte, glaçure noire et bleu profond sur fond crème, assemblés en une composition abstraite au geste ample — un « faux carré » où chaque carreau, de taille légèrement différente, répond à une logique de tableau plutôt qu'à une géométrie strictement régulière. Conçue comme un plateau de table, la pièce dépasse le simple objet fonctionnel : elle se lit comme un tableau construit en céramique.
Montée sur une base en fer forgé
La composition en carreaux devient plateau : posée sur une structure en fer noir aux lignes arquées, elle se lit comme une table basse à part entière — pièce d'assise autant que pièce d'art.


La série « Anatole »
Un ensemble de treize assiettes et coupelles en grès, chacune peinte d'un motif graphique en noir et blanc — bandes, triangles, cercles concentriques — décliné pièce à pièce sans jamais se répéter. Réunies, elles composent une constellation murale ; isolées, chacune reste une pièce autonome. La série, baptisée « Anatole », prolonge le vocabulaire abstrait de la table en carreaux dans un format plus intime, pensé pour l'accrochage comme pour la table.
Les vases pagodes
Une silhouette à double godron, tournée puis reprise à la main pour accentuer l'évasement des trois registres superposés — une forme étagée qui rappelle l'architecture d'une pagode. La glaçure, bleu de cobalt marbré sur engobe crème, laisse affleurer la terre par endroits, selon la même recherche d'oxydes de fabrication propre que le reste de l'atelier.


Le vase tripode
Une large vasque conique, évasée comme un entonnoir renversé, portée par trois pieds sculptés qui rythment la base et ancrent la pièce au sol. La glaçure bleu de cobalt, mouchetée, absorbe la lumière et donne à l'objet une présence sculpturale, sans jamais s'effacer devant les compositions florales qu'il accueille.
La théière à anse tournée
Une anse creuse, tournée en un seul geste jusqu'à former un anneau presque complet, en contrepoint du bec fin et du corps arrondi. La glaçure noire, très texturée, presque volcanique, laisse affleurer par endroits l'engobe crème et ses oxydes — un jeu de matière brute qui répond au geste net de l'anse.

Collections
- Louis VuittonLisbonne, Berlin, Zurich, Monaco, Nice, Paris
- ZimmermannAmsterdam, Paris, Monaco, Venise, Taormina, Florence, Barcelone, Abu Dhabi, Dubaï, Chengdu, Sydney, Melbourne
- Hôtel de GallifetAix‑en‑Provence — « HANDMADE, le Sud mis en scène », 2021
- Hôtel Cheval BlancSaint‑Barthélemy — sélection Jacques Grange
Pièces acquises pour des espaces de vente, de réception et de représentation.
- Terry de GunzburgCollection particulière
- Manifesta (Céline Melon)Collection particulière
- Pascal MarzianoCollection particulière
- Alain CervantesCollectionneur — « Légendes céramiques », Château de Menthon, 2023
- Alain CapdevielleCollection particulière
- Jean Marie AlgoodCollection particulière
Pièces réunies dans des collections particulières, en France et à l'international.
Presse




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